L’hypersensibilité est souvent mal comprise. Elle est confondue avec de la fragilité, de l’exagération émotionnelle ou un manque de résistance, alors qu’il s’agit en réalité d’un mode de fonctionnement neuropsychologique spécifique.
Dans cet article je vous propose une compréhension approfondie de l’hypersensibilité : ses mécanismes, ses manifestations quotidiennes, ma propre expérience mais aussi les défis qu’elle peut poser lorsqu’elle n’est pas reconnue. L’objectif est de vous aider à mieux la comprendre, l’apprivoiser, en faire une ressource, et apprendre à vivre avec elle de manière équilibrée.
🌿 Hypersensibilité : quand tout se vit avec intensité
L’hypersensibilité n’est ni une maladie, ni un trouble, ni une faiblesse. Par conséquent, elle ne se « diagnostique » pas et il est encore moins question de la « soigner » ou de la « guérir ». D’ailleurs, elle ne figure pas dans le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), qui recense les troubles mentaux et psychiatriques.
L’hypersensibilité est un mode de fonctionnement inné, inscrit dans une architecture psychologique stable et singulière dont la charpente serait les traits de tempérament et de personnalité.
Concrètement, cela signifie une capacité accrue à capter ce qui se passe à l’intérieur de soi, à percevoir finement l’environnement, et à traiter ces informations de manière particulièrement complexe.
Les personnes hautement sensibles ne sont pas si rares puisque les études montrent que l’hypersensibilité concernerait entre 15 % et 30 % de la population générale.
Les personnes hypersensibles perçoivent et traitent les informations de leur environnement avec une intensité particulière, ce qui influence directement leur santé mentale et leur bien-être au quotidien. Cette différence de fonctionnement cérébral façonne une manière unique d’être au monde, où chaque détail, chaque émotion, chaque nuance prend une importance singulière.
C’est lorsque l’hypersensibilité est mal comprise, qu’ elle peut mener à des désordres émotionnels, à de la surcharge et à de l’épuisement. Dans un premier temps, l’idée est de prendre conscience de cette spécificité et de mieux comprendre son propre fonctionnement. Ensuite, il s’agit de trouver les clés pour mieux vivre avec et faire de son hypersensibilité une ressource plutôt qu’une contrainte.

🧠 Ce que disent les recherches
Avant le XIXème siècle, l’hypersensibilité était encore un grand point d’interrogation. Peu de psychologues et philosophes, se penchaient sur le sujet. C’est Carl Gustav Jung, qui fut un des premiers scientifiques à s’y intéresser au début des années 1900.
Depuis ces premiers pas, les études sur le sujet se sont multipliées, nous apprenant aujourd’hui qu’une personne sur 5 est hypersensible.
C’est à Elaine et Arthur Aron que l’on doit l’identification du phénomène d’hypersensibilité et ses premières conceptualisations en tant que trait de tempérament, en 1997. Selon eux, les personnes hautement sensibles (highly sensitive people) ressentent généralement plus intensément les stimuli internes et externes, même minimes, qu’ils soient positifs ou négatifs, et les traitent de manière plus précise, subtile et nuancée que les personnes dont la sensibilité est moindre.
Pour déceler l’hypersensibilité, on utilise classiquement le questionnaire d’Aron, disponible et validé en plusieurs langues. Il ne s’agit pas d’un outil diagnostique, mais plutôt d’un instrument d’évaluation de la tendance à être hypersensible, couramment utilisé dans le cadre de recherches scientifiques.
Son usage peut aussi s’inscrire dans une démarche clinique de psycho-éducation, en vue d’aider les patients hautement sensibles et émotionnellement dysrégulés à développer une meilleure compréhension d’eux-mêmes, à s’accepter et à s’affirmer comme ils sont, plutôt que de renier leur sensibilité.
Tu pourras trouver ledit questionnaire juste ici.
Résultat : si le total de tes réponses « OUI » est supérieur à 15, vous êtes probablement hypersensible (ou ultrasensible). Indépendamment des chiffres, c’est votre perception de vous-même et de votre sensibilité qui compte le plus, car aucun test ne détient la vérité sur vous-même. En effet, le résultat à ce test peut être biaisé par différents paramètres à prendre en compte comme votre état d’esprit du moment, l’effet barnum…
L’hypersensibilité est innée, et on dispose aujourd’hui de suffisamment d’imagerie cérébrale qui montrent notamment une amygdale plus réactive et une forte mobilisation du cortex préfrontal pour réguler les stimuli. À long terme, cette sollicitation constante peut mener à la fatigue cognitive et émotionnelle.
Ainsi, l’hypersensibilité est aussi accompagnée d’une ou plusieurs hyperesthésies (réaction forte aux stimuli extérieurs, très grande sensibilité aux bruits, odeurs, luminosité, sensations tactiles…). Le cerveau peut vite être submergé par toutes les informations car il y a une surexcitation dans les zones neuronales (notamment sur les zones qui concernent les interactions avec autrui).
Les études du Dr Bianca Acevedo montrent que les neurones miroirs ainsi que l’insula sont plus réactifs chez les HS, ce qui explique l’hyper- réactivité émotionnelle dans les relations humaines.
📖 Le modèle DOES d’Elaine Aron
Les travaux d’Elaine et Arthur Aron ont permis de conceptualiser l’hypersensibilité comme un trait de tempérament. Leur modèle, appelé DOES, résume quatre grandes caractéristiques :
D — (Depth of processing) Profondeur de traitement
Les hypersensibles analysent l’information en profondeur et confrontent chaque expérience à leur monde intérieur.
O — (Overstimulation) Hyperstimulation
Le système nerveux sature plus vite. Ce qui est banal pour d’autres peut devenir épuisant : foule, bruit, interactions prolongées.
E — (Emotionnel Reactivity & Empathy) Réactivité émotionnelle et empathie
L’empathie se caractérise par la faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent (définition Larousse). Certains hypersensibles sont d’ailleurs ce qu’on appelle des « hyperempathes » : ils ressentent toutes les émotions des personnes avec lesquelles ils sont en contact. Certaines personnes deviennent de véritables “éponges émotionnelles”.
S — (Sensing the Subtle) Hyperesthésie sensorielle
Les sens sont finement sollicités : bruits, odeurs, lumières, textures… le cerveau traite chaque détail avec intensité.
🌙 Comment l’hypersensibilité se vit au quotidien
1) Overthinking / Ruminations
« L’overthinking » ou « trop de pensées » a été découvert par Susan Nolen-Hoeksema (USA).
Elle caractérise ce syndrome par une étude constante de ses propres émotions, sentiments et pensées personnelles. L’individu décortique sans cesse son passé, et appréhende son futur.
En plus de cette tendance à sur-étudier ce qu’il se passe en lui, l’overthinker est en manque total de certitudes. Il est en questionnement incessant, il remet tout en question, toujours. Son monde intérieur est totalement instable, ce qui l’angoisse. Chaque pensée génère des doutes et crée un sentiment profond d’anxiété. Ce sentiment d’anxiété va lui-même générer des pensées angoissantes.
2) Hyperémotivité
L’hyperémotivité peut être caractérisée par une susceptibilité accrue aux émotions. Elle est différente de l’hypersensibilité qui prend en compte des dimensions sensitives et mentales. Elle peut se manifester dès la naissance ou après un choc traumatique.
A situation et contexte équivalent, la personne hyperémotive va ressentir des émotions puissantes par rapport à une personne lambda. Submergée par ce flot émotionnel, la personne hyperémotive risque alors de développer des réactions inadaptées et imprévisibles.
Elle se manifeste notamment par :
– Des débordements émotionnels
– La peur du changement
– Une tendance à l’exagération /victimisation
On peut être hypersensible, sans être hyperémotif, et l’inverse. On peut aussi être les deux
3) Perfectionnisme
Le perfectionnisme est un trait de caractère, au même titre que l’hypersensibilité. D’ailleurs, il y est souvent associé. Il trouve ses sources dans 3 environnements : Héréditaire Familial / Educatif Social / Culturel
La personne perfectionniste est très exigeante avec elle-même et avec les autres. Elle est même capable de ne rien entreprendre sachant que ce qu’elle ferait pourrait être imparfait. C’est la porte ouverte à la procrastination. Et parce qu’elle met tout son cœur et toute son énergie dans sa quête de perfection : la critique lui est insupportable et entraine chez elle des ruminations incessantes.
4) Des exemples de l’hypersensibilité dans son quotidien :
- J’ai du mal à « faire abstraction », que se soit émotionnellement ou physiquement. Ex : un bruit m’agace, m’irrite, je n’arrive pas à le concentrer sur autre chose. Je ressens une vive tristesse et je n’arrive pas à me détourner de cette émotion.
- Je suis naturellement empathique. Ex : je vois une vidéo qui expose une injustice : cela me révolte, me fait pleurer. Je perçois les émotions des gens, parfois j’ai l’impression de les sentir en moi. J’ai donc souvent tendance à m’adapter aux personnes qui m’entourent.
- On me fait souvent remarquer que « je suis trop ». Ex : Je pleure plus vite que mes proches. Je suis plus touchée par les aléas de la vie, et plus longtemps. Je réfléchis beaucoup, on dit que je me « prends trop la tête », que je ne suis « pas assez simple ». Je vis beaucoup d’émotions au quotidien. Je semble vivre tout plus intensément.
- J’ai du mal à concevoir le mensonge et la manipulation. Ces concepts m’échappent ou m’ont longtemps échappé. Ex : On dit que je suis naïve, idéaliste, trop innocente. Dans mes relations interpersonnelles, je ne soupçonne pas le mal. J’ai tendance à idéaliser les gens et mes relations, je vois seulement le bon chez chacun.e.
- D’ailleurs, j’éprouve beaucoup de difficulté à accepter et comprendre le concept de malveillance. Exemple : Je me sens connectée aux autres. La méchanceté est contre-productive pour moi. Je refuse ou refusais de voir cela dans le monde, trouvant des excuses à tou.te.s et pour tout.
Mais aussi …
- Mes élans du cœur sont sincères, profonds, naturellement bienveillants.
- J’ai une vraie facilité à me regarder à l’intérieur, à observer ce qui se passe en moi. Ma vie intérieure m’est familière : je la connais, je l’explore, j’y reviens souvent.
- Quand quelque chose me passionne, je m’y engage entièrement, avec intensité.
- Je suis très lucide sur mes défauts et mes manques, parfois trop, ce qui me pousse vers un perfectionnisme tenace. Il m’arrive de beaucoup me remettre en question.
- Les foules me fatiguent vite : mes sens sont vite saturés et cela me demande un effort qui m’épuise.
- J’ai profondément envie d’aider, d’être utile, de contribuer.
- Je peux m’émerveiller d’un détail, d’un rien.
- Mes valeurs sont solides, ancrées, elles me guident.
- J’ai besoin régulièrement de solitude pour me retrouver, loin du bruit extérieur.
- La créativité circule facilement en moi.
- Mon environnement a un impact fort : un lieu désordonné peut brouiller mon esprit, alors qu’un espace harmonieux me nourrit. Je suis très sensible à l’esthétique, aux couleurs, aux ambiances.
- Je sursaute facilement, je reste souvent en alerte, et je peux parfois osciller entre agitation intérieure et anxiété.
🕊️ Apprendre à vivre avec sa sensibilité
Mieux vivre son hypersensibilité, c’est apprendre à protéger son énergie.
Cela passe par :
- poser des limites et apprendre à dire non
Pour cela : clarifie dans ton esprit ce que tu es prête à accepter ou pas. Fais un tri entre ce qui est vraiment intéressant et important pour toi et pèse le pour et le contre entre la volonté de plaire et le plaisir que tu en retires. Plus tu seras en phase avec tes valeurs, tes priorités et tes besoins, plus il te sera facile de trier les demandes. Dire « non » c’est aussi se faire respecter, avec douceur et bienveillance.
- respecter ses besoins de repos
- respirer pour revenir au corps tout en te répétant des phrases que tu aimes (je suis en sécurité, je suis sereine et en paix …)
- s’éloigner des environnements surstimulants et des personnes qui « t’activent » (qui sont dans le jugement, qui râlent souvent, se plaignent, se victimisent sans cesse, sont de mauvaise foi, sans réciprocité et bienveillance).
- observer ses émotions sans se juger
Ce n’est pas se couper du monde mais c’est créer un équilibre entre ouverture et protection.

🤍 Mon propre chemin d’hypersensible
- Lorsque j’ai pris conscience de mon hypersensibilité :
J’ai pu nommer cette caractéristique, la rendre visible et donc reconnaissable
J’ai changé de regard sur moi-même
J’ai intégré comme des caractéristiques neutres le fait que :
- Je réfléchis vite et fais facilement des liens entre des choses inattendues
- J’ai une grande empathie, ne faisant pas toujours la différence entre mes émotions et celle des autres
- Mes sens sont hyperaiguisés : le moindre bruit m’irrite, les odeurs, les textures …
- J’ai besoins d’être seule la majorité de mon temps. Les autres peuvent vite m’oppresser, je me sens vite étouffée et enfermée.
- Je suis sujette aux doutes, à l’anxiété, je me remets (trop) souvent en question
- J’ai une capacité de concentration optimale et une créativité débordante lorsque je me sens en sécurité dans mon environnement (ma cabane enchantée)
- Je suis très vite fatiguée et j’ai besoin de beaucoup de repos.
Au fil du temps j’ai simplement reconnu ces choses en moi, avec bienveillance, sans me juger, sans vouloir être autrement, sans me raconter que si je n’avais pas cette hypersensibilité ma vie serait plus facile. Et alors il s’est passé quelque chose : tout d’un coup, ça n’avait plus aucune importance. Jen m’en fichais d’être normale ou différente.
J’avais juste envie d’être moi.
- Dans ma vie de thérapeute :
Si j’étais tout le temps débordé par les émotions des autres, je ne pourrais pas pratiquer mon métier de thérapeute. Or, je me suis aperçue que lorsque je suis en séance je peux entendre la souffrance sans la ressentir moi-même, être touchée sans nager dans ce qui ne m’appartient pas. Je reste bien ancrée dans mon centre, sur mes quatre pattes (quatre piliers : l’image d’un arbre solidement ancré peut aider à visualiser cet ancrage essentiel).
Quand mes proches se confient à moi, je peux être en empathie sans sangloter avec eux.elles.
Si je peux le faire dans ces situations, c’est bien qu’il est possible de fermer la porte pour décider de ce qui entre et de ce qui n’entre pas.
Quand je commence à me sentir envahir, mon premier réflexe est donc de revenir à moi, plutôt que de « tomber » chez l’autre.
J’observe ma respiration, mes sensations corporelles, je checke mon état interne et de plus en plus, j’arrive à séparer ce qui m’appartient de ce qui ne m’appartient pas.
C’est un entrainement quotidien, parfois fluide, parfois laborieux mais j’ai pu constater que plus je suis attentive à ce qui se passe en moi, moins je subis les humeurs des autres (tout en gardant cet élan de compassion).
En effet, plus je privilégie l’observation de ce que je vis et de comment je fonctionne, sans m’y accrocher, sans porter de jugement, plus je me fous la paix et je m’accepte dans l’état dans lequel je suis (anxieuse, fatiguée, énervée, en colère, triste, déprimée …).
Cet état « anxiogène » passe beaucoup plus rapidement puisque je lui ai laissé l’espace dont il avait besoin et j’ai écouté mes besoins qui se cachaient derrière (exemple : derrière un état de fatigue j’avais besoin de prendre du temps pour moi …)
En écoutant mes besoins derrières des états émotionnels difficiles je me focalise sur ce qui est vraiment important pour moi, sur mes valeurs et sur ce que j’aimerai faire dans l’instant. Ainsi mes pensées dysfonctionnelles basculent tout naturellement vers des pensées plus apaisées, vers un état de bien être serein.
C’est donc en faisant une force de mon hypersensibilité que je peux aujourd’hui accompagner les femmes hypersensibles qui se sentent épuisées par leur torrents émotionnels à retrouver leur énergie, prendre soin d’elles et clarifier leur direction professionnelle, là leur rythme.
Je suis Lisa, Psychopraticienne, coach et consultante en bilan de compétences. J’accompagne les femmes atypiques (HPI, hypersensibles) en épuisement à retrouver de l’énergie et une direction professionnelle claire, à leur rythme.
Si tu te reconnais dans ces mots, que tu te sens épuisée par ton quotidien, ton job, en perte de sens … tu peux réserver un appel offert avec moi pour faire le point, clarifier tes objectifs et besoins 🌠
Avec douceur,
Lisa 🪄
« Être hypersensible, c’est l’émotion au bord des lèvres, toujours,
et la pensée aux frontières de l’infini, tout le temps »



